Article dédié à tout les Kinésithérapeutes qui le liront. Ils ont des clients qui les attendent entre les 2 Tropiques.
Prenons une Carte du Cameroun, l’IGN par exemple (c’est la seule qu’on peut trouver, aussi) et regardons plus spécialement l’iconographie routière. Avec notre bon regard d’Européen, Gros Trait rouge= Nationale 4 voies, Trait rouge Moyen = 2 voies goudronnée, Gros Trait jaune = départementale goudronnée et le reste à l’avenant…. Erreur !
Sur place, la situation se révèle nettement différente !!, Alors, on reprend : Gros Trait rouge= 2 voies goudronnée, Trait rouge Moyen = piste en terre fréquentée relativement entretenue (notez le « relativement », très important), Gros Trait jaune = piste en terre aléatoirement entretenue, Trait noir= Piste réservée au Camel Trophy et autres compétions d’aventuriers…
Comme noté dans l’article ci-dessous (et pas ci-dessus, on est sur un blog, par un roman), les routes goudronnées, qui relient les villes principales (capitales de province ou villes présidentielles), sont relativement bien entretenues (Merci Colas Afrique) et ne présentent pas de danger particulier pour vos amortisseurs et votre colonne vertébrale. Il faut juste faire attention aux véhicules en panne sur le coté et à ceux qui doublent dans les virages ou en haut des côtes. En somme, rien que de bien tranquille.
Si vous envisagez de voyager
du Sud au Nord du Cameroun, ou de voir autre chose que les centres-villes de Douala et Yaoundé, oubliez la superbe Berline 407 (y en a !) que vous a proposé le Loueur et optez plutôt pour le
pick-up – Char d’assaut qui se trouve à coté (pour celles qui lisent Cosmopolitan et pas l’Auto-Journal, un pick-up, c’est un vrai 4x4 avec une grande caisse à l’arrière pour mettre les affaires, très moche, très lourd, très polluant mais passe
partout, quasi-introuvable en France) et emportez le joli fût Total qui traine au fond du garage. En effet, dés que vous allez sortir des grands axes, il vous sera difficile de trouver une
station service, même par hasard (par contre à la sortie de Douala, vous avez le choix, en moyenne une tous les 500m !).
La piste Africaine, c’est tout un Art. Malheureusement c’est comme l’
Art Moderne, ce n’est pas facilement accessible, ca peut choquer et c’est un peu brut. D’abord,
oublier le Code de la Route laborieusement appris en France et qui ne sert plus à rien et réapprendre quelques règles de base :
1 Quelques soit sa largeur et même si la piste est à peine plus large que votre voiture, elle est toujours à double sens. Donc être prêt à tout. Les bords n’étant pas dégagés et les virages encore moins, derrière chaque tournant, peut surgir, à quelques mètres de votre capot, un camion (coup de frein, direction le fossé), un bus rempli (on le rase), une moto (elle à qu’a se pousser), une chèvre (une chèvre ?, ou ça une chèvre ?)…
2 Le plus fort à raison. En clair, on dégage en vitesse et on se met dans le fossé dés qu’on voit un grumier (pour celles qui lisent toujours Elle, c’est un camion chargé à bloc de troncs d’arbre ; environ 60 tonnes, 4 à 5m de large, lancé à 60 km/h ca fait très mal ! les Matheux feront le calcul de l’énergie induite, abstraction faite des frottements).
3 Il n’y a ni voie de droite ni
de gauche. En fonction des trous, des cratères et des crevasses (ca peut être pire que la Mer de Glace !), la meilleure route évolue continuellement d’un bord à l’autre, inutile de
s’acharner à rester à droite. Il ne sert à rien non plus d’essayer d'éviter les obstacles, car éviter le trou à droite, c’est tomber sur la crevasse de gauche, Charybde et Scylla ont du se
reconvertir dans le BTP africain depuis Homére. Il est aussi illusoire de compter sur un rebouchage des trous avant votre arrivée. Les moyens techniques des arrondissements étant notoirement
limités, ceux-ci préfèrent compter sur la lassitude du seul entrepreneur du coin qui en aura marre de se prendre des bosses et qui rectifiera la route à ses frais. Cela oblige à constamment
garder le regard 10 à 20 m devant le véhicule en restant concentré sur la conduite pendant toute la durée du trajet (même pour changer la K7, il faut s’arrêter totalement au risque de partir au
fossé ! je sais, j’ai essayé)
4 Dépasser est Toujours la bonne solution. Quelque soit l’endroit (dans un virage, en cote…) il vaut mieux être devant les problèmes (dérapages, pièces qui tombent, poussières, gravillons…) que derrière, donc coup de klaxon et on passe.
5 Dés qu’il
pleut, la piste se couvre d’une couche plus ou moins épaisse de boue liquide. C’est le moment de prouver que le patinage artistique ne sert pas qu’à occuper l’écran de télévision mais aussi à
éviter les fossés. Braquage et contre-braquage au petit-déj’ ! Quand il fait sec, c’est pas mieux, le nuage de poussière dégagé par le véhicule qui vous précède (on vous avait dit de
doubler !) ou par celui que vous venez de croiser peut être suffisamment imposant et opaque pour occulter totalement la route et vous empêcher de voir les trous, le tournant ou les camions
qui arrivent à seulement 10m !
6 La priorité n'est ni à droite à gauche mais à celui qui la prend. En général, le plus fort/le plus rapide. En cas de doute, relire l’article 2.
7 La vitesse et le klaxon sont LA solution. En cas de doute, relire l’article 2, 4, 6.
8 Ne comptez pas sur les
reflexes des autres. Tous les conducteurs Africains se prennent pour Sébastien Loeb mais ils n’ont ("heureusement" ou " malheureusement") pas la 307WRC, donc leurs réactions peuvent surprendre.
En général, les véhicules que l’on croise, sont, à quelques notables exceptions prés, dans un état de (j’hésite entre délabrement et décrépitude) avancé, leur interdisant de rattraper un
bon coureur à pied, cela limite d’autant les risques et facilite les opérations cités aux articles 4, 6, 7.
9 Vos amortisseurs sont vos amis. A raison d’une bonne moyenne de 40 km/h dans un véhicule récent, si vous envisagez le moindre trajet d’importance, votre dos risque de souffrir pendant un moment. Rien de mieux qu’un petit Sangmelima-Djoum (110 km, 2h30) pour bien se tasser la colonne vertébrale et perdre les 2cm de hauteur chèrement acquis en mangeant de la soupe.
10 Il n’y a pas de règles. Chaque kilomètre est différent. Et c’est bien ca l’Intérêt !
Ma société ayant préféré ne pas mettre tous ses arbres dans le même panier, je m’occupe de l’exploitation de 2 chantiers, situé l’un à 35 km de l’Usine de Djoum et l’autre à 120 km de pistes défoncées ! Je m’enfile, bonne semaine, mauvaise semaine, environ 1200 km à raison de plus ou moins 4 h/jour dans un pick-up, heureusement en bon état (quoique de moins en moins avec le temps) qui m’a permis de limiter ma perte de taille mais dés 6h du mat’ ce n’est pas toujours facile à encaisser.
Pour ceux qui aiment le BTP, construire une route en Afrique est relativement basique dans la définition (dans la réalité c’est beaucoup
plus compliqué) :
- On enlève (au Bull) les arbres qui gênent. Sur 10-15 m de large pour une petite route qui sera peu utilisé ou abandonnée, Sur 40 à 50 m si
c’est une route définitive. Cela permet l’ensoleillement de la piste et son séchage plus rapide après les pluies.
- Le Bull décape un peu le terrain, histoire d’enlever les plus grosses bosses. Cela permet d’enlever la terre arable, très molle et de découvrir l’argile qui se prête mieux à la création des routes.
- La Niveleuse passe un coup, pour faire un joli bombé à la route, que l’eau ne stagne pas trop dessus en cas de pluie.
- Une benne arrive depuis la carrière la plus proche pour déposer une couche de 5 à 10 cm de Latérite. (il s’agit d’un minerai ferrugineux typique des climats tropicaux, espèce de gravier rouillé, qui à la propriété très intéressante de durcir efficacement les pistes et de les faire sécher rapidement en période de pluie. Son utilisation sous les latitudes tropicales donne aux pistes une couleur rouge très particulière). Si c’est votre jour de chance, votre route passe sur une zone de latérite et c’est déjà fini, sinon, il faut continuer.
- La Niveleuse repasse pour étaler la latérite et donner un bon fini à la
route.
- Les bennes chargées passent et repassent pour damer la piste.
- Vous attendez, en théorie, 2 à 3 mois (en pratique 3 jours, on est un peu pressé en forêt) que ca sèche bien et vous pouvez envoyez les grumiers tout détruire !
- 1 an après vous recommencez à partir de l’étape 3.
Le passage répété des grumiers (un camion chargé qui passe = env. 2000 véhicules légers) défonce complètement la route creusant de profondes ornières et démolissant le joli bombé que vous
espériez garder. Les trains de remorques finissent par créer la fameuse « Tôle Ondulée » (dizaines de micro-bosses très rapprochées occupant toute la largeur de la piste sur plusieurs
dizaines de mètres) extrêmement destructrice pour les véhicules.
chantiers sont roulés, répartition des camions pour éviter qu’ils nous échappent ( ca arrive…), prévision de
chargement pour la journée…
bonheur) : machine immobilisé ou en panne, problèmes de routes, ouvrier(s) absent, pluies, travail demandé et pas fait, engins embourbés (et un Bull qui s’est enterré c’est pas
facile à sortir !)… mais CCA ! Au cours du remontage de la pièce amenée du garage le matin même, découverte qu’il manque un élément ou que le mécano-forêt n’a pas la clé de 22 et qu’il
faut donc encore retourner au garage ce soir pour lui amener le lendemain et devoir se passer du Bulldozer pendant encore une journée. Mais ca ne sert à rien de s’arracher les cheveux,
CCA.
Afin d’accéder au chantier (situé à 60 km de la 1ere piste communale) nous créons nos propres pistes à travers la Brousse Africaine et c’est pas de la Tarte. ! Une équipe passe
l’année à préparer le terrain et aidé par le cartographe à optimiser les tracés afin de créer le moins de routes possible tout en desservant un maximum de surface (amis géomètres,
Bonjour !). Ici, oubliez Théodolite, Station de mesure et Photos Satellite. Tout à l’ancienne : Boussole, Clisimetre (ca mesure les pentes) et Topofil, sans oublier l’indispensable
machette (au passage pour ceux qui se demandent comment dans les rebellions, tous les Africains ont des machettes, c’est simple, ici, tous mes ouvriers en ont une et même les enfants qui vont à
l’école en ont une pour couper un peu de bois en rentrant. la Machette, c’est le couteau suisse de l’Afrique !). En suivant le tracé de l’équipe route, le Bulldozer, va ouvrir la forêt puis
terrasser l’argile qui forme la quasi-totalité du sol du coin. On va ensuite faire passer la niveleuse, qui va mettre tout ca de niveau, et étaler la latérite (pour savoir ce que c’est, soit
Wikipédia, soit vous attendez l’article sur les Pistes Africaines) qui va permettre de « durcir » la piste et de la rendre facilement roulante pour des grumiers de 70
tonnes.
l’abattage, et après le passage du cubeur-forêt, le tronconneur-forêt va découper la grume tombée à
terre au niveau de la première branche. Le Bulldozer va alors ouvrir le passage en forêt au Débardeur 528 sur roues qui va venir chercher la grume et l’amener sur le parc. Arrivée sur celui-ci,
la grume est re-tronçonnée (par le tronconneur-parc) à des dimensions commerciales (12 m de long max) et purgée de ses défauts (trous, pourriture) si besoin. Chaque bille de la grume (Une grume
pouvant donner jusqu'à 3 billes) est alors cubée. Les numéros d’identification individuel sont alors marqués au marquoir et peint sur chaque face. Ces mêmes numéros ont déjà apposé sur la souche
et la cime de l’arbre resté en forêt, nous permettant ainsi d’assurer une traçabilité parfaite et de pouvoir remonter à la souche depuis n’importe quel colis de bois. Les billes sont enfin
entassés sur un coté du parc en attendant d’être chargés sur les camions.
Le « roulage » se déroule en général sur les parcs à grumes en production la semaine d’avant. Là, une Fourchette essaye de charger des bouts de bois pesant entre 5 et 25
Tonnes sur des petits grumiers. Quand tout va bien et que le chauffeur est en forme, il faut environ ½ heure pour qu’un camion soit chargé et prêt à partir. Quand tout va mal, passer plus de 3h
pour la même chose est tout à fait envisageable.
Au petit matin,
découverte de la case de passage, petite maison de plain-pied en béton avec un grand salon-salle à manger et plusieurs chambres. Cette habitation est destinée à accueillir les expatriés qui
viennent faire des remplacements à l'usine ou des visiteurs professionnels durant quelques jours. Il y a tout le confort et même mieux : Climatiseurs dans tous les pièces (ca parait luxueux
vu de France mais c’est vraiment utile vu d’ici), 70 chaines Télé (trés pratique pour voir les JO), Cuisinière, Femme de ménage… en bref très trés bien installé...
Plus exotique, à
proximité de la scie de tête, une Scie de refente, permettant de monter sur les bâtis de scie de tête, des très très gros bois (200 cm et +) en les pré-découpant en 2 ou + parties. Nécessaires
pour les Billes de pied où les contreforts (les « pattes » élargies à la base de l’arbre) peuvent multiplier le diamètre à la base par 2 ou 3. Permet donc d’utiliser au maximum le bois
des essences intéressantes en limitant les déchets.
Le rendement matière
n’atteint cependant pas les chiffres des scieries européennes. En effet, les bois sont rarement cylindriques, les aubiers (pour les non-initiés : la partie du bois entre le bois
« dur » et l’écorce, plus « tendre » que le bois dur, elle n’est pas utilisable pour faire de planches) sont tres importants ainsi que le cœur du bois (sujet à des tensions le
faisant se voiler et empêchant son utilisation) qui est de taille importante ou même pourri, obligeant à de nombreuses ablations. Ainsi le rendement final va rarement dépasser les
30%...
Au petit matin, j'ai rendez vous donc
au siège de ma société à Douala. Apres quelques remplissage de papiers et explication diverses, départ pour Djoum via Yaoundé & Sangmélima.
Sortie de Douala, la route se vide et il est
possible de rouler facilement et vite (jusqu'a 145 km/h à l'aise!!). Surprise, le goudron est de très bonne qualité et l'état de la route, et ce jusqu'a Sangmélima, rivalise largement avec pas
mal de nos Nationales françaises. Juste la peinture qui part un peu. Il s'agit d'une 2 voies classique avec une voie de + pour les véhicules lents dans les montées.
A Edéa, nous passons sur la Sanaga, le grand
Fleuve du Cameroun et nous longeons le Pont de Fer des Allemands construit au début du siècle dernier quand ils étaient encore les colonisateurs du Kamerun avant que le pays ne soit cédé aux
Français et Anglais aux titres des Dommages de Guerre en 1922 (Ach, les aléas des Konflits !). Le Pont est toujours debout mais ne sert plus que pour les piétons et les motos.
En direction de Sangmélima, on retrouve
les mêmes villages au ras de la route, avec les véhicules qui passent à fond la caisse à 5 m des maisons et des habitants.
Là, comme votre Société est quand même bien organisée, il y un spécialiste
des passage de frontiere qui vous attend à l'arrivée et qui vous permet de passer devant une foultitude de gens qui attendent pour faire verifier leur visas.
Après prés d'un mois de préparatifs, à courir
partout dans Paris et ailleurs pour préparer le voyage, on commence à voir la fin des préparatifs (la fin du Commencement ou le début de la faim, au choix)